Ambroise Monod, l’inventeur du Récup’art

C’est en 1969, dans le cadre de la vie étudiante strasbourgeoise, que le plasticien Ambroise Monod a initié le mouvement Récup’Art, activité de création à partir de déchets. Son inspiration date de sa jeunesse passée au Sénégal auprès de son père Théodore Monod. Il dit avoir été marqué, alors, par l’économie de la débrouille, par la gaieté, la spontanéité, l’inventivité des pratiques dakaroises. Il a ajouté à ce talent observé son originalité propre, tantôt légère et ironique, tantôt massive et pure.

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Ambroise Monod rédige en 1969 le manifeste du Récup’Art pour :
« Redonner à l’objet jeté l’occasion de reprendre place dans l’univers visuel, selon une finalité nouvelle ou comme une forme présente sans utilité aucune.
« Espérer pour l’imagination un champ sans limite, une escapade hors des règles, des traditions, des convenances, afin de laisser à la créativité la liberté de créer ou non, beau ou laid, mesquin ou grandiose.
« Créer à partir des déchets, des objets répudiés, des matières abandonnées, des éléments de décharges, c’est renoncer à la fatalité du pourrissement et établir que la création est encore une fête malgré des moyens dérisoires ou de dérision.
« User des débris laissés par la société d’abondance, c’est porter un regard d’humour sur le progrès technique en donnant à la chose éphémère une chance de disparaître moins vite et de durer comme objet.
« Politiser l’existence, c’est aussi saisir les possibilités de libérer l’imagination, de désobéir à la norme, de déserter la légalité, de réaliser l’imaginaire dans un acte qui existe pour celui qui le vit, qui survit différemment pour celui qui le voit et qui préfigure la libération espérée du monde.
« Art, nom commun, curieusement masculin, peut tout désigner. »